Je m’appelle Léa, je viens du sud de la France, quelque part à côté d'Arles. J’ai toujours été passionnée par la couture. Elle me vient des femmes de ma vie dont j’ai toujours admiré l’élégance criarde. Oui, criarde. Ce n’est d’ailleurs pas un mot très élégant. Mais c’est selon moi la meilleure façon de décrire l’élégance, presque insolente, des femmes du sud : c’est une élégance spontanée, qui s’impose là comme ça, sans fragilité, brute. Pour moi c’est ce qui fait l’essence même de la femme méditerranéenne.
Laissez- moi partager, avec vous, quelques images de mon enfance. Je veux vous parler de Kinou, ma tante, 78 ans aujourd’hui. Elle s’appelle Jacqueline mais tout le monde l’appelle Kinou.
J’ai sept ou huit ans, je ne sais plus très bien. Je joue avec les Barbies de ma cousine, rescapées des années 1980, aux proportions douteuses. Quand j’y réfléchi bien, c’est la plus vieille image que j’ai de ma tante Kinou, elle vient me chercher pour aller au marché acheter des figues et des abricots (cette partie de l’histoire est peut-être romancée, mais les clichés n’ayant jamais tué personne, ça aura peut-être le bénéfice de vous faire voyager au pays des cigales).
Du haut de mon 1,30 m je la vois ; cheveux noirs de jais, créoles or, foulard léopard sur une banane 60’s, eyeliner noir. Elle semble tout droit sortie d’un film italien des années 1960. On dirait Gina Lollobrigida.
Nous partons en ville.
Elle marche très vite ma tante. Ça ne m’empêche pas de la regarder slalomer entre les passants. Elle porte des chaussures en daim vertes avec un petit talon. Un beau vert lumineux qui complète à la perfection son foulard léopard. Elle devait porter une robe ce jour-là, ceinturée à la taille sûrement, comme elle a l’habitude le faire. En réalité je ne me souviens plus très bien. Mais c’est ce qui a de beau avec les souvenirs d’enfants ; notre capacité à sublimer les choses. Je la regarde, parler avec (tous) les maraichers. Ses bras bougent tellement quand elle parle, c’est fascinant. Ça me rappelle un ballet. Quand Kinou parle, ses créoles bougent et son foulard s’agite.
Je crois que pour moi la femme du sud parle avec des grands gestes. L’élégance de la Méditerranéenne réside dans le mouvement. Un mouvement qui est assuré, presque trop, à en devenir insolent.
Ce mouvement du corps est accompagné par les tirades qu’elle prononce. Oui, je parle de tirades, comme au théâtre. La femme du sud est une vraie dramaturge dans le geste, dans la parole et dans le style. Ça lui donne un côté attachant, elle devient un personnage dont on a envie de connaitre l’histoire. Je crois aussi que l’élégance de ma tante, comme celle des femmes du sud, réside tant dans sa spontanéité que dans sa générosité. Je parle d’une générosité du partage.